LE BLAYAIS
Mars 1978- Avril 1981
J'ai trouvé un logement dans un village perdu au milieu des vignes, nous n'y resterons que 3 mois avant de trouver un petit pavillon neuf à 30 km du chantier.
J'arrive sur cet immense site de centrale nucléaire, isolé dans les marais de la Gironde, SPIE et DUMEZ construisent la Centrale (Réacteurs et ouvrages annexes) DODIN et CAMPENON BERNARD sont installés à l'extérieur de l'enceinte pour la construction des ouvrages d'amenés et de rejets d'eau en Gironde.
Le Chantier consiste à la fabrication et la pose en gironde de conduites en béton de 4mètres de diamètre et de 5 mètres de long, et à la construction d'un ouvrage de rejet d'eau au milieu de la gironde. Le dragage et la pose des conduites sont sous-traités à des Hollandais qui pour ce faire on construit en moins de 6 mois un énorme catamaran.
Le chantier est dirigé par Charles LENES Ingénieur de Campenon Bernard, avec pour adjoint, Emile MASSE Directeur Travaux de DODIN. et Pierre DUNGLAS Directeur Technique Campenon Bernard.
Je retrouve sur ce chantier Alain KERVOEL qui était avec moi au Havre et Gérard MARTIN avec qui j'avais travaillé sur le quai de Bercy. Quelque temps après arrivera un jeune Polytechnicien engagé par DODIN, Philippe HANNEBICQUE, qui est en célibataire sur ce chantier son épouse et jeune fils à Paris, nous partagerons de bons moments professionnels et amicaux. Je le retrouverai en 1981 à Nantes.
Ma prise de fonction n'est pas aisée, j'ai passé seulement 2 jours au siège où M GAYANT Chef comptable de DODIN m'a donné quelques conseils et informations sur ce chantier.
La tension est assez forte entre l' encadrement DODIN et les ''Campenon'' ,chacun gardant sont identité alors que le personnel ouvrier est embauché ou muté DODIN..
On se partage 50% du marché, Campenon est mandataire et DODIN gérant administratif et technique. Chacun défend sa boîte, avec quelques fois un peu de mépris pour l'autre.
Un responsable administratif est déjà en place ,en période d'essai, et j'apprends que je suis là pour le remplacer, problème lui n'est pas au courant, il partira un mois plus tard désabusé.
Mes relations avec Charles LENES sont assez fraiches, j'ai l'impression de ne pas travailler en confiance, je remets un peu d'ordre dans l'organisation administrative, Ch.LENES me jauge, il n'a cesse de me poser des questions sur mon job, critique et à du mal à se plier à l'organisation DODIN, E.MASSE son adjoint semble un peu étouffé par sa personnalité et je n'arrive pas à définir son rôle sur ce chantier.
C'est assez dur pour moi, énormément de travail, un délégué du personnel originaire de Campenon très revendicatif, des cadres Campenon très réticents pour se soumettre aux procédures DODIN, pas ou peu de soutien du Siège .(Le chantier originellement devait dépendre de DODIN Toulouse, mais devant son importance et sa complexité, il sera rattaché à une cellule grands travaux du siège DODIN).
Trois mois après Charles LENES m'annonce que je dois le suivre au siège DODIN à PARIS pour une réunion de gestion du chantier, Départ de Bordeaux Mérignac c'est mon premier voyage en avion.
Au cours de ce voyage nous parlons beaucoup et il m'annonce qu'il est satisfait de mon travail, et que s'il m'a mené la vie un peu dure c'était pour savoir ce que j'avais dans le ventre (sic!)
De ce jour jusqu'à la fin du chantier nos relations seront bonnes malgré toujours quelques piques sur les ''DODIN''.Un jour ,dans son bureau, nous sommes occupés sur la table de travail à l'étude de quelques dossiers, le téléphone sonne encore une fois, bien qu'on ait dit de ne pas nous déranger, je saute sur l'appareil enfonce la touche secrétariat pour râler, et là j'entends la conversation d'un collègue avec l'extérieur, j'ai dû appuyez par mégarde sur la touche « secrète ». J'ai la confirmation,qu'il pouvait nous écouter, je m'en doutais bien, ayant fait le rapprochement avec des remarques dés la fin des conversations téléphoniques ,que j'avais pu avoir avec les collaborateurs DODIN au siège.
Je connaitrais la première grève, les ouvriers DUMEZ et SPIE bloquent le chantier, les DODIN suivent le mouvement, trois semaines d'arrêt, mais nous reprendrons après négociations deux semaines avant les autres.
J'embauche beaucoup de personnel local, problème à la saison des vendanges et des asperges il y a beaucoup d'absents !
L'ambiance sur le chantier c'est bien amélioré tout le monde a appris à se connaître et après une période d'observation et de méfiance mutuelle tout ce passe bien.
Les Hollandais sont sympas et j'apprends avec Alain KERVOEL, à boire du Genièvre avec Hans , Lambrech .
Les Directions DODIN et CAMPENON ont enfin décidé de m'engager un aide, aussitôt dit aussitôt fait, sans que j'ai pu donner mon avis, le siège DODIN m'envoi un grand gaillard perché sur des talons de 10 cm, la démarche d'un top modèle, portant une écharpe à la Jean Moulin, et l'air efféminé . Il s'appelle Martial me dit-il en pinçant du bec, même notre secrétaire à l'air plus virile !
Ca va être dur dans ce milieu de macho.
Il est bien gentil, mais son allure et son vocabulaire châtié sont très décalés au milieu de ces chefs de chantier et conducteurs de travaux, où les Putains de Bordel de Merdre sont plus fréquents que les -bonjour Monsieur comment allez vous aujourd'hui-?
C'est aussi un grand rêveur et poète à ses heures, et je le surprends quelquefois, dessinant des fleurs ou des visages sur un petit carnet.
A la fin de sa période d'essai, j'apprends que si on y met fin, il n'y a personne pour le remplacer, je préfère alors qu'il reste ,le peu qu'il fait me rend quand même bien service.
Je lui annonce le soir la bonne nouvelle, le lendemain matin, il est arrivé avant moi au boulot, je le vois dans son bureau de l'autre côté du couloir, avec son air timide et son sourire de miss France.
J'ouvre mon armoire pour prendre un dossier et je tombe sur trois bouteilles de Bordeaux et un petit poème pour me remercier de n'avoir pas mis un terme à son contrat.
Quel embarras, j'ai horreur de ça, je m'en tirerais piteusement par un non il ne fallait pas, et un ''vous savez je peux vous virer demain''.
Je raconterais ça à quelques bons collègues qui ne manqueront pas de se moquer de moi, en particulier Alain Kervoel, pour qui déjeuner en face Martial était devenu un supplice, tant celui-ci, avec sa bouche en cul de poule ,soufflant sur sa fourchette, était devenu insupportable. Il éclatât un jour de colère en le menaçant de lui foutre l'assiette à la gueule.
Il sera mis fin au contrat de Martial quelques mois plus tard. Marc LIBOIS qui revient du chantier de Tarfaya viendra me rejoindre pour m'assister, notre collaboration se passera tant bien que mal, on n'a pas la même formation, moi plus gestion et terrain, lui plus stricte comptable.
Jean François LEMENEC ingénieur d'étude nous a rejoint, entre deux courses du Figaro (ou de l'Aurore à l'époque ?) il sera quelques mois plus tard licencié, les périodes de congés nécessaires aux courses et aux promos ne sont pas conciliables avec nos travaux.
Dommage il était bien sympathique, nous serons les seuls avec A.Kervoel à nous inquiéter de son sort.
Un nouveau polytechnicien a rejoint l'équipe, Olivier Caplain de chez Campenon, c'est son premier job, il apprendra assez vite le vocabulaire du chantier, les zut et mince, seront vite remplacés par les Bordels de merde. Je le surprendrais avec Philippe Hannebicque et JF Lemenec, observant flotter des gobelets plastique dans un lavabo, expérience me disent-ils de flottaison de caissons ! Quel étonnement, moi qui pensait que les polytechniciens connaissaient des formules scientifiques pour calculer ça, mais quelle jubilation aussi de me moquer d'eux !
Tout l'encadrement se retrouve souvent autour d'un pot, d'un méchoui, et aussi en famille le week-end. Après des débuts difficiles le chantier tourne bien, on fait 50% du chiffre d'affaire de DODIN métropole et le résultat dépasse toutes les espérances.J'ai une paix royale, plus personne du siège n'ose émettre la moindre remarque sur la gestion du chantier.
Fin 1980 le chiffre d'affaire du chantier sera de 420 millions de Fr HT pour un résultat net de 32 Millions,sans compter une marge trés confortable sur les frais de gestion de la participation. Paradoxe c'est aussi le début des difficultés financières de DODIN dues à de mauvaises affaires sur le chantier de l'hôpital St Louis à Paris et en Mauritanie.
Le chantier se termine, je calcule avec JC Lenes la prime pour l'encadrement CAMPENON. Et les DODIN ? non me dit-il, vous avez été aussi méritant mais votre Direction n'est pas d'accord pour attribuer une prime de fin de chantier à l'encadrement DODIN. Dure l'injustice !!!!!!
C'est seulement trois mois après mon départ du chantier que Michel DODIN m'annoncera qu'au titre de ce chantier exceptionnel qui restera, dit-il ,dans les mémoires, je percevrai la prime tant attendue.
Je parlerais dans un autre chapitre de cette pratique des primes dans les TP .
Eternelle question ou vais-je être muté ? on parle de la Mauritanie, (Henri Bayart m'a téléphoné quelques mois plus tôt me proposant de le rejoindre sur le chantier de la centrale Nucléaire de ST Alban, mais Charles LENES n'ayant pas voulu me lâcher c'est Patrick ROUSSET qui y sera affecté).
Je serais convoqué par Patrick Le LAY pour renconter NICOLINO qui prend en charge le chantier de Mauritanie, exposé rapide du chantier, et explication sur l'organisation administrative par P. Le LAY. Je donne mon accord de principe sous réserve d'avoir un peu plus d'assurances tant qu'aux conditions de vie sur place qu'à la rémunération.
Entre temps, Jean Paul VRINAT à pris la tête de la Direction Régionale Ouest à Nantes en remplacement de André Castaing parti à la retraite, il me propose de venir le rejoindre.
Je n'hésiterais pas une seconde, laissant tomber la Mauritanie pour les terres plus sûres de Loire Atlantique!
Ont participés à ce chantier: Charles LENES, Olivier CAPLAIN,Pierre DUNGLAS,Gérard GIBEAUX, PECRIAUX,ENOS,SANTOS,MARTIN, de chez Campenon Bernard. Emile MASSE,Philippe Hannebicque,JF LEMENEC,Gérard MARTIN,Alain KERVOEL,R DERUSSEAU,D DERUSSEAU, x DERUSSEAU,Gilbert Perez, Roustaing,Marc Libois, Martial, moi de chez DODIN et bien d'autres encore....